Samedi 27 septembre 2008
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A l’occasion de la Journée Nationale d’Hommage aux Harkis et autres membres des Forces Supplétives qui a lieu, depuis le décret du 31 mars 2003, tous les 25 septembre, de nombreuses
communes s’associent à la Reconnaissance de la Nation pour ces hommes, français-musulmans qui ont combattu pour le drapeau français.
AUCUNE COMMUNICATION OFFICIELLE DU MAIRE N'A ETE FAITE SUR LA COMMUNE POUR L'Y
ASSOCIER.
Plus personne de sérieux aujourd’hui ne met en cause l’abandon de la France qui, après les accords d’Evian, « ne les a pas protégés des massacres en 1962, frappant les militaires comme les
civils, les femmes comme les enfants, massacres qui laisseront pour toujours l’empreinte de la barbarie » selon les propos mêmes de Jacques Chirac en 2001, alors Président de la République.
Abandonnés, oubliés, rejetés, cachés, ils réclament aujourd’hui la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français, la libre circulation entre la France et l’Algérie (M. Bouteflika leur
ferme les frontières) et une meilleure considération de leurs problèmes et des atteintes à leur dignité.
Leur dignité, Fatima Besnaci-Lancou, écrivain et présidente de l’association Harkis et droit de l’Homme, est venue en parler lors du colloque organisé à Marseille pendant 2 jours sur
le thème « Mémoire Maritime du rapatriement d’Algérie », à l’Alcazar à l’initiative de l’association French Lines dans le cadre de Septembre en mer. Des historiens, des archivistes,
l’INA, des témoins étaient appelés à la barre d’une mémoire meurtrie.
Aujourd’hui, nous laissons la parole à Fatima Besnaci-Lancou, écrivain, fille de Harki, qui a quitté l’Algérie en 1962, à l’âge de 8 ans, indélébilement imprégnée de la douleur de cette histoire,
et auteur du bouleversant « Fille de Harki » (Editons de l’Atelier – 2003) et de « Nos mères, paroles blessées. Une autre histoire de Harkis » (Editions
Emina soleil – 2006).
L'intervention de Mme Besnaci-Lancou a porté sur « La traversée de la Méditerranée vue par
les femmes de Harkis ».
« Certaines femmes, après mon premier livre sont venues spontanément me parler. Elles étaient le plus souvent intimidées et avaient des blocages. L’évocation du nom d’un camp – où les Harkis
furent parqués à leur arrivée et de longues années durant - ou des « cales » dans lesquelles elles avaient voyagé lors de leur exil,
m’ouvrit leur confiance. Je leur avais demandé de parler de l’année 1962, de la traversée, de la vie dans les camps, de ce qu’elles pensaient aujourd’hui de l’Etat français et de l’Etat
algérien.
Très curieusement, elles ne voulaient pas parler de la traversée.
Elles étaient des femmes mariées de 14 à 40 ans – peu de veuves, car elles étaient remariées - paysannes qui n’avaient jamais vu la mer. La pratique de la mer était un acte masculin. Elles avaient laissé leurs parents et quelquefois des enfants ». Si
Mme Besnaci ne veut pas hiérarchiser les peines et les douleurs entre les Harkis et les Pieds Noirs, elle souligne la déchirure particulière subie par ces français musulmans ayant choisi la
France. « Dans les cales où on les avait acheminées, en quasi clandestinité, elles tombaient à genoux, implorant Dieu, ne se comprenant pas les unes les autres, car elles parlaient des
dialectes différents et peu le français. A leur départ, elles n’avaient pas eu beaucoup de contacts avec les Pieds-Noirs rapatriés, car du camp de Zéralda, près d’Alger, où on les avait
rassemblées, on les avait embarquées directement et discrétement dans les cargos en partance pour Marseille. »
Mme Besnaci-Lancou a noté combien les souvenirs de ces femmes lors de cette
traversée portent essentiellement sur la protection de leurs enfants, et quelquefois sur des accouchements où la solidarité a beaucoup fonctionné. Elles parlent du mal de mer, de l’obscurité des
lieux, d’enfants qui meurent en couches.
Après ce sera le transfert dans les camps d’hébergement dont les barbelés – mis notamment pour les protéger
des intrusions du FLN - et la mise à l’écart de la société française – là, pour des raisons honteusement politiques - laisseront à leurs enfants un goût amer d’humiliation, et des blessures
jamais pansées.
Les traversées de l’exil sont toujours bouleversantes,surtout lorsqu’elles sont faites dans la précipitation
et dans une totale désorganisation, ou, pour ce qui concerne les Harkis, dans la clandestinité.
Tous ces infortunés, européens pieds noirs et musulmans harkis, qui ont été amenés à connaître cette traversée sur les navires de la Compagnie Générale Transatlantique (le Ville d’Alger, le
Napoléon, etc…), la Compagnie des Messageries Maritimes (le Ferdinand de Lesseps, etc…), la Compagnie de Navigation Mixte (le Kairouan, le Djebel
Dira, etc…), la Société Générale du Transport Maritime (le Sidi Ferruch, etc…), ont tous salué le dévouement des commandants et de leurs équipages, qui souvent ont embarqué plus de passagers
que permis.
Dans un prochain numéro de Cabricabrac, nous reviendrons sur l’intervention du Professeur d’histoire contemporaine, Paris 8, Daniel Lefeuvre, qui a fait un travail détaillé sur les « Les Français d’Algérie, décider de partir » et nous rendrons compte d'un témoignage d'une pied-noir, alors fillette en 1962, sur sa traversée dans
le plus grand dénuement, qui a été lu lors de la seconde journée .
« Français et Algériens – Art, Mémoires, Histoire » : Une série de manifestations culturelles et scientifiques du 10 au 31 octobre à Paris, dans des lieux emblématiques :
Invalides, Sénat, Sorbonne, etc…http://www.harki.net
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