LE GAI SAVOIR

Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /2009 18:10

Pour ceux qui, comme moi, ont suivi des études juridiques à la Faculté d’Aix-en-Provence, le 600ème anniversaire de la création de l’université aixoise ne pouvait pas être ignoré.

Cet anniversaire a été entouré de nombreuses manifestations ainsi que d’une exposition «  La faculté de Droit d’Aix-en-Provence, une histoire, un patrimoine » dans la grande salle de  la bibliothèque de la faculté.

 

La Faculté d’Aix-en-Provence, fut fondée en décembre 1409 grâce à une initiative royale, celle du Comte de Provence, Louis d’Anjou, afin de redorer le prestige de sa capitale, après approbation par la bulle pontificale d’Alexandre V, qui s’accordait ainsi le soutien d’un prince puissant dans les querelles schismatiques. Ce n’était pas la première tentative, puisqu’il y eut  un projet de transférer celle d’Avignon à Aix au début du XIVème siècle, mais il n’aboutit pas. Le Parlement, créé un siècle après l’Université, y puisera ses élites.

Cette corporation fermée et jalouse de ses privilèges fut installée dans le quartier de la Cathédrale, sur l’actuel emplacement de l’institut d’études politiques. A l’origine, on y enseignait la théologie et le droit, plus tard vinrent s’y adjoindre les arts libéraux (grammaire et logique), enfin au XVIIème siècle, la médecine. La Révolution abolit l’institution ; avec Napoléon, Aix redevint l’une des 12 villes de France à être dotée d’une école de droit.

Après Pereisc et Portalis (l’un des auteurs du code civil), s’y signaleront Thiers, Mignet, Crémieux, Mistral, Cézanne, Gouin, Cassin …

 

L’ancien bâtiment de la cité comtale dut être déplacé. La nouvelle faculté de droit (et lettres), commande faite en 1940, prévue à proximité du Parc Jourdan, ne fut achevée qu’une quinzaine d’années plus tard. Signée par les architectes aixois, Sardou et Boët, elle fut achevée par Egger et Fernand Pouillon. Ce dernier s’occupa particulièrement de l’aménagement des espaces communs qu’il traita avec générosité, et c’est à lui que l’on doit les trois corps de la bibliothèque, bâtiment, galerie à pilastres et cour intérieure. 

Cet ensemble en pierre blonde de style néo-classique, avec ses rangées d’arceaux sur plusieurs niveaux rappelle la façade extérieure de la villa Médicis de Rome (« imitation monstrueuse », selon Fernand Pouillon). Ce style a toutefois perduré face aux architectures de la faculté de lettres du même Pouillon, inaugurée en 1966, trop marquées par les années soixante.

 

En 2008, 10 000 étudiants ont fréquenté la faculté de droit contre 2 000 en 1953 ou  6 000 en 1970. La faculté comprend deux sites : le site Schuman à Aix et le site de la Canebière à Marseille (pour une partie du cursus).   La faculté de droit intégrée aujourd’hui au sein de l’Université Paul Cézanne, verra probablement en 2010 la fusion des trois universités d’Aix-Marseille. Les 70 000 étudiants,  6 000 salariés et 150 laboratoires de ces trois unités pourront ainsi faire face aux défis du siècle qui s’ouvre, si ce n’est des 6 prochains siècles.


Quant aux études de droit que sont-elles devenues de nos jours ? Axel Kahn, célèbre généticien et président d’université, dans une interview  donnée au mois de mai dans  une revue culturelle, en dresse un portrait préoccupant : 
En droit, sociologie, psychologie, le recrutement se fait souvent par défaut, et le niveau, mesuré par les notes au bac, est très inférieur à celui des filières sélectives."

Par HELENE MARTIN - Publié dans : LE GAI SAVOIR
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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /2009 10:49

 

 

La Nouvelle Revue Française – NRF, lieu de mémoire de l’histoire littéraire du XXème siècle, fête son centenaire.

A vrai dire, ce centenaire aurait pu être fêté par trois fois. En 2008, puisque le premier numéro est sorti en 1908. Mais ce fut le seul de cette année là, un faux départ, en quelque sorte. En 2009, ce fut le vrai démarrage. Quant à l’année 2011, elle est celle du centenaire de la fondation de la maison d’édition NRF Gallimard.

Une exposition intitulée "En toutes lettres, Cent ans de littérature à la NRF" a lieu à l'abbaye d'Ardenne à Caen jusqu'au 23 décembre, après avoir été présentée à Genève, à la Fondation Martin Bodmer, à partir des archives des éditions Gallimard, augmentée des fonds déposés à l'IMEC.

 

La NRF, créée par André Gide et 5 de ses amis, Jean Schlumberger, Jacques Copeau, Marcel Drouin, André Ruyters, Henri Ghéon, bientôt animée par Jacques Rivière, puis par Jean Paulhan, a consacré la "litterature" comme seul ordre du discours . L’esprit de la NRF fut avant tout la réaction à la facilité et l’amour de la langue. 
Militante de la  "littérature pure", « Ici, la littérature a tous les droits .Rien ne lui est opposable. Ni la religion, ni la politique, ni les mœurs, ni la morale, ni la mode », la NRF sera contrainte à suivre un parcours semé de crises et de tensions : en effet  comment mener ce combat « hors du monde » ?

De 1914 à 1919, la NRF interrompt sa parution : les écrivains sont séduits par la guerre et la plupart s'y engagent.
Après l'armistice, devront-ils rester enrégimentés et plaider pour un esprit national ? Certains ne le pensent pas et préféreront la paix à la guerre.

Aussi, à partir de1919, la NRF, avec Jacques Rivière notamment  s'ouvre à la contemporanéité, mais en conservant la règle d'or : rendre compte de la littérature en train de se faire, sans adhérer à un de ses mouvements.
La NRF accueille tout autant les dadaïstes que les surréalistes, tout comme Alain ou les grands classiques, comme Claudel.

De 500 numéros vendus en 1909, la revue passe à  plus de 20 000 exemplaires entre les deux guerres.  

 

Comment être un citoyen engagé politiquement et un écrivain ?  Telle est la question qui se pose à l'aube de la seconde guerre mondiale à la NRF où se côtoient écrivains maurrassiens et communistes ? Jean Paulhan essaie de limiter les expressions d’opinion, mais lui-même ne se proclame t’il  pas anti-munichois en 1938 ?
La revue s'interrompt quelques mois en 1940. Sous le gouvernement de Vichy, c'est  Pierre Drieu La Rochelle qui en assure désormais la direction-gérance jusqu'en 1943.
Troisième interruption de la NRF de 1943 à 1953. Les autorités se demandent même s'il ne convient pas d'y mettre fin. Jean Paulhan se défend :  « Il est aussi absurde d’interdire la parution de la NRF, qu’il le serait d’interdire l’entrée de Notre-Dame de Paris, si on y avait donné des offices pendant l’occupation. »

Gaston Gallimard confie alors à Jean Paulhan le nouveau départ de la NRFdans un esprit de réconciliation nationale, sans liste noire,  accueillant aussi bien  Jouhandeau, Chardonne ou Céline que Malraux et Camus.

 

Après guerre, l'esprit de la NRF sera contesté par "Les Temps Modernes" de Sartre, qui n'hésite pas à exclure, au nom de l'engagement politique et social : "Vive la littérature dégagée" lui rétorquera Jean Paulhan, cependant bien minoritaire. 

A partir des années soixante, l'audience de la NRF se raréfie : la faute en revient principalement à la multiplication des revues et à la place occupée par les nouveaux médias. 68 prophétise la mort de la littérature, mythe bourgeois, et met en cause le langage, impropre à dire le monde. 
Mais la NRF résiste et ne cesse d'affirmer sa confiance dans la littérature, maintient l'exercice critique et publie de nouvelles voix venues de France et de l'étranger :   un  combat pour
une littérature décomplexée qui trouve sa richesse dans sa grande précarité. 

"588" est le numéro du centenaire. Combien d’autres encore ?   

 

Itinéraire littéraire dans le vent de l'Histoire, à ne pas manquer dans cette belle ville des Abbayes aux Dames et aux Hommes, à deux pas des plages du débarquement. Attention, cieux tourmentés et bruine basse-normande inévitable, mais tellement propices à la bonne littérature.  

Par HELENE MARTIN - Publié dans : LE GAI SAVOIR
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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /2009 09:48

 

Nos deux lavoirs de Cabriès et de Calas, Fontaube et Fontrouge, sont à l’honneur dans l’ouvrage « Mémoire de l’Eau », paru cette année.




La partie consacrée à notre village a été réalisée à partir du dossier établi par Hélène Martin dans la Cabre d’Or n° 83, en 2007 « Comme de l’eau de source », avec l’autorisation de la municipalité d’Hervé Fabre-Aubrespy.


Une visite sur les lieux avait eu lieu à la fin de l’année 2007 organisée par le chargé des relations avec les élus de la maison d’édition, accompagné de son photographe.

Hélène Martin, qui avait fait un sérieux travail de recherches dans les archives apportait ainsi la science tirée de ses trouvailles, tandis que ses compagnons de visite évoquaient la mémoire des hommes (et surtout des femmes !).

Heureux mariage de la mémoire et de l’histoire qui constitua la règle des Dossiers de la Cabre d’Or sous le mandat d’Hervé Fabre-Aubrespy, à laquelle les pages actuelles semblent avoir résolument renoncé.


« Mémoire de l’eau » nous conduit ainsi de l’eau sacrée du Glanum, aux hautes terres irriguées du piedmont des Alpilles, de la domestication de la Durance à la mystérieuse rivière souterraine qui traverse le massif des Calanques, de la submersion des plants de vigne de Camargue pour combattre le phylloxera au pont de Langlois, peint par Van Gogh.



Voilà en quelle illustre compagnie se retrouvent les lavandières cabriésiennes du lavoir de Fontaube, dont le différend qui les opposa à un domaine situé en aval de la source vous fut retracé par notre rédactrice,  ou le lavoir de Fontrouge, édifice construit dans le cadre des travaux d’adduction d’eau de Calas depuis le bassin de Réaltor.


Un ouvrage aux illustrations d’une grande fraîcheur et aux textes courts et  fidèles.

  

Par HELENE MARTIN - Publié dans : LE GAI SAVOIR
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /2009 13:20

 

 

Non, cette municipalité, en proposant plusieurs vide-greniers sur notre commune, ne s’est pas distinguée par son originalité, une fois encore.

Le consumérisme n’épargne pas les vide-greniers qui, comme tous les autres produits, se consomment en masse.

Une consultation sommaire de quelques sites en apporte, s’il en est besoin, la démonstration. On comptait ces mois derniers 337 manifestations en Alsace, 768 en Aquitaine, 597 en PACA ! La seule journée de samedi 12 septembre comptabilise 32 manifestations, d’Antibes à Vedène, en passant par Fos sur Mer ou Puy Sainte Réparade. Plus de 10 000 marchés aux puces, brocantes, vide greniers, foires à tout, bourses, envahissent ainsi villages et quartiers de France, franchissant les frontières, du canton du Zug (Suisse), au Saskatchewan (Canada), ou dans le canton de Liège (Belgique).  Mondialisation des vide-greniers.


Annonce du deuxième vide-greniers sur notre commune (on appréciera l'un des nombreux tags qui couvrent notre commune.)  Au 14 septembre, l'affiche est toujours là.

Bien souvent, les objets qui s’étalent dans ces vide-greniers ne proviennent nullement des greniers, mais sont tout droit sortis des penderies et des placards de la saison, si ce n’est de ceux des solderies ou des « professionnels » que l'on ne manque pas de reconnaître.  

 

Cette profusion de vide-greniers n’a-t-elle pas épuisé tout ce qui s’accumulait dans nos greniers ? Comment de nos jours peut-il  encore exister un seul objet dans nos greniers ?

Les obus de 14/18 n’ont-ils pas été tous transformés  en vase, fleur au fusil en quelque sorte ? Les  pots de chambre en émail n’ont-ils pas été tous convoqués dans les salons et les cuisines ? Les encadrements, les montants de lit, les buffets à deux corps, n’ont-ils pas tous subi d'assassins démantèlements ou le pot de lasure ?

 

 

Tant de vide-greniers n’ont-ils pas effacé notre passé ? Traces de notre mémoire familiale, nos objets ainsi dispersés sont désormais assignés à la superficielle fonction de décoration dans d’autres demeures. Triste sort, car bientôt, une mode nouvelle les y chassera sans ambages.  (Photos Hélène Martin)

 

D’ailleurs existe-t-il  encore des greniers ?

Jusqu’alors, le grenier et la cave structuraient nos maisons, et notre inconscient se construisait à leurs images.

A la cave et au grenier, la verticalité, celle du passé et de l’enracinement. Aux autres pièces, l’horizontalité du quotidien et de la banalité.

A la cave et au grenier, le stock et la conservation. Aux autres pièces, le flux et la consommation.

A la cave et au grenier, l’apprentissage nécessaire de la peur et son affrontement victorieux.

Au grenier, l’alternance du passé et du présent, de la vie et de la mort, comme y alternent le jour et la nuit par la fenêtre, entre les tuiles, ou à travers un vasistas.

Au grenier, la rêverie et l’ennui, dont Bachelard souligne l’importance : « Grenier de mes ennuis, que de fois t’ai-je regretté ? »

Au grenier, le refuge solitaire où Marcel Proust se replie avec volupté : « cette pièce servit longtemps de refuge pour moi, sans doute parce qu’elle était la seule qu’il me fût permis de fermer à clés, à toutes celles de mes occupations qui réclamaient une inviolable solitude, la lecture, la rêverie, les larmes et la volupté. » Ne reste plus aux enfants d’aujourd’hui que  les cabanes en PVC.

Comme la disparition de nos greniers, abris de la mémoire, doit convenir à nos sociétés amnésiques ! Et lorsqu'il en subsiste encore, vite, vite, il nous faut les vider.

 

Par HELENE MARTIN - Publié dans : LE GAI SAVOIR
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /2009 12:14

"La langue provençale ne veut pas être mangée à la sauce occitane" lance Jean Pierre Richard, président du collectif Prouvènço et membre du conseil académique des langues régionales.
Ce collectif qui rassemble plus de 150 associations et 8000 adhérents appelle à manifester pour que le provençal ne soit pas réduit à un sous produit.


        Manifestation le 3 octobre à TARASCON

Martine Guionnet
, notre amie, représente notre commune dans ce collectif et invite à vous y joindre.
06 87 53 13 14 ou maran-am@club-internet.fr


Selon Jean Pierre Richard, l'enseignement du provençal augmente partout, notamment dans les Bouches-du-Rhône : en 2008, 80 collèges et lycées proposaient des cours de provençal dans l'académie d'Aix-Marseille, et 3 800 élèves y étaient inscrits, soit plus de 75% par rapport à  l'année 2005. C'est dire l'attachement à la spécificité de cette langue.

" Une liste des langues régionales a été établie l'an dernier, et le provençal en fait partie" rassure t-on au Ministère de la Culture."
Mais l'inquiétude persiste dans les rangs des défenseurs du provençal, car le ministère rajoute qu'il protégera l'unité de cette langue ...ce qui signifie bien qu'elle est réellement menacée.

Par HELENE MARTIN - Publié dans : LE GAI SAVOIR
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /2009 20:19
Il suffit, paraît-il, d'un bruissement d'ailes de papillon d'un côté du monde pour secouer l'autre partie du monde. Possible.
Il suffit d'un frémissement d'ailes de cigales pour annoncer l'Eté.  Ca, c'est sûr. 

Ces gros insectes, pas bien jolis avec leur couleur terne et leurs yeux globuleux, s' éveillent à la chaleur estivale, craquettent stridulent, ou plus scientifiquement "cymbalisent" pour s'en aller mourir quand la bise "fut venue".  


Les cigales ne vivent que quelques mois après avoir vécu longtemps sous terre, s'enivrant de la sève des arbres pour tout dernier festin, à la lumière du soleil.



Esope, puis Jean de la Fontaine en ont fait des paresseuses et des insouciantes

Paresseuses, elles, qui sont sur le front caniculaire chaque jour de nos étés méditerranéens, dimanche inclus (sans dérogation, ni syndicat ) ? 
Paresseuses, elles, qui sont les seules à travailler aux heures de la sieste, sans climatiseur ? 
Insouciantes, elles,qui ont mis leurs larves bien à l'abri pour de longues nuits hivernales ?





Non, décidément, elle méritait bien, notre cigale, d'être le premier personnage des fables de la Fontaine (Livre I - Fable I), avant  même le Corbeau ou le Renard ou la Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf.
Elle méritait bien d'être réhabilitée aujourd'hui face à la fourmi : " Qu' tu manges ou qu' tu manges pas, tu crèves quand même", pastiche un humoriste à l'accent arabe, dont j'ignore le nom.

Il y a trop de fourmis par ces temps çi  ...

Ne revient-il pas à vos oreilles de cinéphiles les chants stridents entendus dans les films de Pagnol et plus près de nous, dans "L'été meurtrier" (Adjani/Souchon - Jean Becker - 1983) ou "L'été en pente douce"(Laffont/Villeret - Gérard Krawczyk - 1987) ? Ces films ne seraient pas ce qu'ils sont, sans ce fond sonore lancinant.



Une histoire humoristique pour finir
: Un écolo en vacances "écolo-écono" rencontre deux paysans. 
- "Vous rendez-vous compte, messieurs,cette cigale n'est venue sur terre que pour vivre un seul jour."
Et les paysans de répondre :
- " Ben, au moins, elle aura eu beau temps ! "
















Cigales décorées de branches d'olivier, de brin de blé ou de lavande, cigales blondes aux ailes membraneuses cernées de noir, cigales de Moustiers ou en vieux Marseille, cigales vertes, roses, jaunes, cigales en pendentif ou en broche, cigales sonores ou cigales illuminées, cigales pince- nappes, cigales made in China, cigales mini, cigales maxi, cigales porte-bonheur...autant de mues auxquelles se prête aimablement la cigale provençale.  
Qu'elle veuille bien encore nous donner quelques jours de sa présence, en cet été 2009.
Par HELENE MARTIN - Publié dans : LE GAI SAVOIR
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /2009 21:55

Arts K Danse, Michael Jackson et Pina Baush

 




La super star de la Pop, Michael Jackson, s’est éteinte à Los Angeles d’une overdose d’élixirs de jeunesse.




Pina Baush
, la plus grande figure de la danse contemporaine, pour qui l’Etre est dans sa Corporalité, a refermé son « Café Muller » à 68 ans.

Deux personnalités qu’apparemment tout éloigne, rapprochées par le temps non programmé  de leur mort, à quelques jours de distance.

Le temps : le premier, Michael Jackson, veut s’en extraire, la seconde, Philippina Baush, en fait sa nourriture. Tandis que l’enfant-roi, à force de bistouri, refuse de grandir, Pina Baush, grande prêtresse de la chorégraphie expressionniste, met en scène les corps tels qu’ils sont, souvent disgracieux, et aime à les voir vieillir. Aux critiques d’art qui se scandalisent lors de ses premières représentations : « Ses danseuses sont laides, sales, et ont du poil aux pattes », elle répond : «  La beauté, c’est l’honnêteté. »


Cependant, le côté visionnaire et le succès mondial qu’elles ont connus rapprochent incontestablement ces deux personnalités troublantes.

Véritables bombes jetées sur la planète entière, que sont les mouvements désarticulés, les tics vocaux (hoquets, petits cris perchés dans les aigus), les clips novateurs, ou la musique sans frontière, sans sexe et sans couleur de Michael Jackson.

Véritables ondes de choc dans le champ de la création artistique, que sont le narratif non linéaire de l’écriture chorégraphique de Pina Baush, l’individualisation de la gestuelle, la virtuosité des solos,  les adresses des danseurs au public (intrusion du théâtre dans la danse).

Tous deux cassent les normes, lui avec son narcissisme autodestructeur, elle en absorbant la vie de ses danseurs.


Qui n’a pas vu Dominique Mercy, le danseur fétiche (français) du Tanztheater se propulser sur scène à grands moulinets de bras (Pour les enfants d’hier, d’aujourd’hui ou de demain) ou Helena Pikon, se projetant en arrière, répéter à l’infini « Elle est bien  amère » (Vollmond), et tant d’autres oeuvres mythiques, n’a pas encore pénétré dans la furieuse beauté de la création contemporaine du XXème siècle.

 

En évoquant la grande dame, je ne peux m’empêcher de penser à Céline Perrot, la directrice  du « Jeune ballet d’Arts KDanse » qui nous a présenté en clôture des Rencontres de Trébillane sa création 2009 : «  Il y a un bruit qui court ».
Nul doute que Céline, ses chorégraphes et ses danseurs ont été influencés par la mère de la danse moderne : mouvements de bras secs et répétés, discrétion de la technicité, mouvement du corps au service du sens, narratif fragmenté, personnages hors champ voyeurs et acteurs. Cette création, analyse sans concession du quotidien où se mêlent passion et violence, a été suivie d’extraits de concours ou du gala présenté à Marseille (voir Cabricabrac n°34).  




Le public, fille ou garçon, grimpé jusqu’au dernier gradin n’a pas caché une vraie jubilation devant ce spectacle d’une grande maîtrise.

Et pour prolonger cette soirée, un hommage improvisé a été rendu au créateur de ce pas glissé, aérien, le célèbre « moonwalk », et aux non moins célèbres déhanchements syncopés du King of Pop.

Ce soir là,
Cabriès a permis la rencontre fugace de ces mondes.

 

Par HELENE MARTIN - Publié dans : LE GAI SAVOIR
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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /2009 00:29


Dans deux articles précédents, nous avons fait connaissance de l'érudit provençal polyvalent. Dans quels domaines de connaissance  Peiresc va t-il aujourd'hui nous entaîner ?

L'ASTRONOME, LE GEO PHYSICIEN, LE NATURALISTE, LE ZOOLOGISTE.

C'est dans le domaine scientifique que notre érudit provençal montra l'étendue de ses talents.
Lorsqu'il arriva à Padoue, en 1599, pour y poursuivre des études de droit, il rencontra un mathématicien de génie, enseignant dans la même université, dont il devint un fervent disciple et un ami jusqu'à la mort. 
Cet illustre personnage se nommait Galiléo Galiléi, plus connu en France sous le nom de Galilée, dont les idées révolutionnaires en matière d'astronomie lui valurent la disgrâce. Et pourtant Peiresc défendit son ami avec détermination devant le souverain Pontife Urbain VIII (ami de longue date du provençal) afin de lui démontrer que les apports scientifiques majeurs apportés par Galilée ne remettaient pas en cause sa foi. Sans succès. La Sainte Inquisition demeura intransigeante, et daigna seulement commuer la peine capitale en assignation à résidence, à Arcetri, où il mourut en 1642.

L' influence du pisan sur Peiresc fut considérable, au point que dès son retour en France, il se mit rapidement en relation avec tout ce que le monde scientifique européen possédait de mathématiciens, de physiciens, et d'astronomes. Il correspondit ainsi avec Wendelin, Neper et Briggs (inventeurs des logarithmes), Hortensius, Képler, Malapert, Mersenne, Joseph Gaultier. Il forma également un disciple, Pierre Gassendi, né dans un village proche de Digne, philosophe, théologien, mathématicien et astronome ( c'est à lui que l'on doit le nom d' "aurores boréales".) et qui laissa à la postérité une biographie très détaillée de son maitre et grand ami *.
Peiresc acquit sa première lunette en novembre 1610, date à laquelle il fit sa plus belle découverte : le 26 de ce mois, en observant méticuleusement la constellation d'Orion, il eut la surprise de voir apparaitre  une sorte de gros nuage brillant qu'il consigna sous l'appellation de "nebulusca" et qui s'avèra être l'une des plus belles nébuleuses de notre galaxie, la Grande Nébuleuse d'Orion, dont il faudra attendre quatre siècles pour en expliquer la fluorescence (ionisation d'un nuage d'oxygène) ! Plus tard, en 1633, il observa "les merveilleuses grandes cornes de Vénus". Il visualisa Saturne, qu'il compara à un macaron, parlant de la "triplicité" de la planète, de sa "forme oblongue et irrégulière". Il parvint aussi à observer trois des quatre satellites de Jupiter, tout récemment découverts par Galilée !

 

           Peiresc comprit rapidement que l'astronomie pouvait l'enrichir sur la connaissance de laTerre. Ainsi il se mit à étudier les longitudes du pourtour méditerranéen, afin de corriger les anciennes cartes, encore dressées à partir des données de "l Almageste" de Ptolémée (IIè.s.), dont se servaient les navigateurs sur la route du Levant. Il forma des observateurs bénévoles qu'il positionna en divers endroits du pourtour méditerranéen ( France, Italie, Grèce, Syrie, Egypte, Tunisie, Malte), pour relever avec exactitude la position de quelques astres judicieusement choisis. Après de longs mois de relevés, il put, avec Gassendi et le Prieur de La Valette, Joseph Gaultier, faire état d'un stupéfiant résultat, à savoir que la distance séparant Carthage des côtes orientales de la Méditerranée était inférieure de 1000 kms à celle indiquée par les cartes alors utilisées !


Il s'interrogea également dans le domaine géologique, sur l'inclinaison des strates parallèles qu'il observa dans les Alpes de Provence ( en son fief de Peyresq), et fit faire des observations semblables à proximité des côtes ou bien dans certaines îles. Manifestement il eut l'intuition des plissements tectoniques. Il s'intéressa également aux volcans, se demandant si les explosions ne seraient pas liées à la brusque irruption d'eau au contact de la lave incandescente.
La météorologie ne lui fut pas indifférente, expliquant l'origine des halos lunaires et solaires qu'il observa par l'existence de poussière d'eau, phénomène que l'on retrouve aux abords d'une chute d'eau alors qu'apparait un arc en ciel (dispersion de la lumière). Il mit également en garde tous les navigateurs sur l'existence du redoutable phénomène de "pompes aspirantes" rencontré dans l'Océan Indien, que René Descartes décrira plus tard comme étant une dépression tourbillonnaire. Peiresc ne fut donc pas loin de la notion de pression atmosphérique et il s'en fallut de peu qu'il ne découvrît l'origine des vents !

 

(Le jardin de Belgentier = aujourd'hui disparu . Var)           
S'inscrivant dans la lignée des "grands Anciens", Peiresc fut un naturaliste. Il fit d'Aix en Provence et de Belgentier des sites privilégiés où il constitua des jardins composés d'essences de toutes sortes. Il ne manqua pas, lors de son séjour aux Pays Bas de rendre visite à Clusius (Charles de L'Ecluse), à Leyde, qui fut le plus compétent des botanistes, et dont les travaux colossaux valorisèrent considérablement la spécialité. Les deux hommes ne cessèrent de correspondre et d'échanger des échantillons d'espèces rares. C'est à Belgentier que Peiresc tenta d'acclimater des espèces inconnues alors, qu'il fit venir de tous les coins du monde, par l'intermédiaire des moines Capucins. Ce jardin deviendra aussi célèbre que ceux de ses illustres correspondants.
Dans ce petit eden terrestre, poussèrent une vingtaine de variétés d'orangers et de citroniers, un margousier ou lilas de Chine, un néflier du japon ou bibassier, un bananier. Il introduisit le gingembre, qu'il fit parvenir au Jardin du Roy. Il fit pousser un grenadier dont il eut connaissance par la description qu'en fit Pline l'Ancien. Il cultiva le myrte, dont il trouva une variété à fleur double au Castellet. Avec toutes ces essences rares , il réalisa plusieurs centaines de greffes.

Le verger comprenait de très nombreux arbres fruitiers, des plus classiques aux variétés les plus singulères. Il regretta de ne pas avoir réussi à acclimater "cet arbre dont le gros fruit donne à la fois à manger, à boire et à se chauffer.." Il faisait allusion au cocotier. Vigne, fraisiers, courges, melons composèrent également son verger. Il fut aussi très sensible aux parfums et  aux plantes médicinales dont plusieurs variétés d'absinthes. Cependant, il n' ignora pas pour autant , l'arbousier, le lentisque, la salsepareille, le fenouil, les euphorbes, plantes que sa Provence natale lui permettait d 'étudier sur place.

 

           Aristotélicien, le grand érudit provençal ne pouvait occulter son grand intérêt pour le monde animal. Déjà passionné par les chats dont il importa l'espèce angora, qu'il contribua à introduire dans les foyers français, il étudia des espèces moins connues. D'abord une tortue qu'il fit venir de Martigues, un crocodile de quatre mètres qu'il reçut d'Egypte, rectifiant du même coup l'erreur concernant le nombre de dents que l'on disait à trois cents alors qu'il n'en compta que trente sept ! Plus tard il transforma son jardin varois en zoo, y recevant un éléphant dont il étudia la dentition trouvant huit molaires alors qu 'il était communément admis que le pachyderme en possédât quatre. On envoya à Peiresc en 1633, un curieux animal désigné sous le nom d'alzaron, dont la morphologie tenait à la fois de la gazelle et du veau. Notre ami s'attacha beaucoup à cet animal qu'il soigna et dont il fit son animal de compagnie. C'est le coeur serré qu'il enfit don au pape Urbain VIII, son ami. D'après les croquis que Peiresc fit exécuter de cet alzaron, par le peintre anversois Fredeau, il semblerait que cet animal fut assez extraordinaire, ne ressemblant à aucun autre connu.
Il s'attacha également au dernier caméléon qu'il put sauver, parmi ceux qui lui furent expédiés de Tunisie. Le petit reptile vivait en liberté dans sa demeure, il pouvait en étudier ainsi le comportement, découvrit son fabuleux mimétisme, admira le mouvement indépendant de ses yeux, celui non moins insolite de sa langue. La mort du petit animal, bien que naturelle, lui causa beaucoup de chagrin.


Peiresc résolut un mystère, à l'occasion des "pluies de sang" que l'on relevat dans plusieurs communes de Provence, sur les murs des habitations. Le caractère indélébile de ces gouttes rouges, effrayait les populations qui y voyaient un message démoniaque. Peiresc lui, constata qu'un papillon éclos dans une boite où il avait déposé sa chrysalide, avait laissé lors de sa métamorphose une grosse tache rouge. Ce phénomène fut attesté par d'autres expériences et le mystère fut élucidé. On sait aujourd'hui que le papillon appartient au genre vanesse.
Il fut passionné par les dissections, qu'il considérait comme le meilleur moyen d'apprendre l'anatomie. C'est en disséquant des yeux de toute espèce animale qu'il mit au point les fameuses lunettes astronomiques, ayant compris les mécanismes optiques qui les animaient. Ces expériences lui permirent de confirmer l 'existence de la circulation sanguine qu' Harvey découvrit quelques mois avant !

 

           Rien de ce qui constitue La Connaissance n'échappa à cet illustre provençal.  Certains domaines dans lesquels il excella n'ont pas été évoqués ici, musique, philosophie, théologie. Il faudrait encore des pages d'un grand livre  pour inventorier l'étendue de son savoir.

Qui connaît aujourd'hui cet homme brillant qui fut pour les "grands" génies qu'il côtoya, Pinelli, Du Vair, Rubens, Galilée, De thou, Képler, Scaliger, Mersenne et bien d'autres, l' esprit le plus fin et le plus complet de son temps, cet homme dont l'éloge funèbre fut prononcé en quarantes langues différentes, cet homme enfin, qui fut le personnage le plus recherché par le monde culturel du XVII è.s ?  
"Prince des curieux" dans une société aujourd'hui sans curiosité, occupera-t-il la place qui lui revient dans le panthéon des grands humanistes ?

                                                                                                J.L.

  * Pierre Gassendi. Un savant, une époque : Peiresc, le "prince des curieux" au temps du baroque . Ed Belin.

 

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Dimanche 21 juin 2009 7 21 /06 /2009 20:25

Une initiative originale dont le concept pourrait inspirer notre commune (à une autre échelle, bien sûr).

Dans la Principauté de Monaco, première ECO ART PARADE, dont l’objectif est de  transmettre un message environnemental par le biais de la création artistique.

Du 8 juin au 8 octobre, c’est l’Aigle de Bonelli, espèce emblématique des milieux méditerranéens - dont on ne répertorie plus que 28 couples- , qui est l’hôte du « Rocher ».















                                                                        "L'oiseau porteur " Ines Oludé da Silva

(ci-dessus : Liberté, Amapei et Sylvana Garnier)
Le principe : un moulage d’aigle de belle taille, décliné sous trois formes, qu’un artiste transforme en œuvre d’art, avec le soutien d’un mécène. Une cinquantaine d’oeuvres d’artistes plasticiens de renom international ou de jeunes talents, ou bien encore œuvres collectives, sont exposées dans le jardin du Casino ou sur le Rocher. Le produit de la vente aux enchères alimentera une organisation totalement engagée dans la protection de l’environnement.
(L'aigle de Bonelli est venu "soutenir" les opposants au tracé LGV qui impacterait le Massif Sainte Victoire, car il y a élu domicile)

"Unchain my heart" Fanny Blanchlande          "Super Eagles" Martin Caminiti















































YISKAAGO de François Maurin.
Moya (vu au Musée de Cabriès), Gitte Peters, Avi Kenan, Caroline Berganzi et d'autres, pour l'Eco Art Parade




























"Guardian eagle of environment" Martina Wagner            "Mi casa es su casa" Hector Alfaro

Par HELENE MARTIN - Publié dans : LE GAI SAVOIR
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Dimanche 21 juin 2009 7 21 /06 /2009 20:09

 
Dans le numéro 32, JL vous a présenté le grand érudit provençal Nicolas Peiresc. Il poursuit ici son récit, en vous présentant plusieurs des nombreuses facettes de ce personnage.

L'archéologue, l'historien, le numismate, le voyageur, l'ami des artistes...

Cet épistolier hors du commun avait également la passion des documents qu'il analysait avec minutie, notamment les plus anciens d'entre eux. Pour lui, l'Antiquité constituait le pilier de toute recherche.Lorsque ses parents acceptèrent qu'il poursuive ses études de droit dans la célèbre université de Padoue, en Vénitie, il en profita pour sillonner toute l'Italie, alors qu'il n'avait que dix huit ans. A Florence , Sienne, Rome, Naples, il visite les monuments antiques, s'émerveille devant les collections d'objets et de parchemins de la civilisation romaine.
(Illustration : Le monogramme de Pereisc)

Quant il revint en France, trois années plus tard, il ramena pas moins de 200 médailles en argent, 80 de cuivre et 5 d'or, butin qui fut à l'origine de sa fabuleuse collection numismatique. Deux caisses d'antiquités et de nombreux livres complétèrent ces acquisitions. Tout au long de son existence, il observa, analysa, dessina les monuments antiques de France et se fit adressé les croquis et les parchemins de la présence de Rome en Syrie. Il inventa un procédé d'estampage et une méthode pour déchiffrer les inscriptions. Si sa préoccupation dominante était l'Antiquité, il ne négligea pas pour autant les différentes époques de l'Histoire. Il se plongea un temps dans la généalogie des Habsbourg, examina d'un oeil critique les prétentions de la maison d' Orange-Nassau sur la ville d' Orange. Il reçut des momies d' Egypte dont il étudia les hiéroglyphes. Il s'initia à l'hébreu et à la langue copte afin de mieux décrypter les documents anciens du bassin méditerranéen oriental.

La première pièce de son extraordinaire collection est une monnaie d' Arcadius (qui fut empereur d' Orient au IVème siècle de notre ère), découverte dans la propriété familiale de Belgentier, par son oncle. Ce dernier l'offrit à Nicolas Claude alors que celui-ci n'était encore qu'un enfant. A sa mort, en 1637, près de 18 000 pièces composaient son médailler, dont il connaissait parfaitement chaque unité, pour les avoir étudiées en détail, comparées, situées dans l'Histoire. Leur origine était grecque, romaine, mérovingienne ou orientale.
On utilisa sa grande compétence pour reconstituer, grâce aux pièces et aux sceaux, le portrait des rois de France, que le peintre Coyer se chargea d'exécuter dans une des salles du Parlement de Provence, à Aix. Cette immense collection fut achetée dans la seconde moitié du XVIIè s. par le Cardinal Mazarin, et deviendra le "Cabinet des Médailles du Roi".
A sa passion de numismate s'ajouta un vif intérêt pour les armoiries et les blasons. L'héraldiste Bouchard prétendit lui avoir dessiné plus de 800 écussons.

(Monnaie ayant appartenu à Pereisc)
Lorsque le Président du parlement de Provence, Guillaume Du Vair, lui demanda de l'accompagner à Paris, Fabri de Peiresc saisit cette opportunité pour se rendre en Angleterre. Au retour il fit un détour par les Pays-Bas.  De nombreux amis avec lesquels il correspondait régulièrement, y résidaient, aussi se fit-il une joie de les rencontrer. Il vit ainsi les mathématiciens Scaliger et Hortensius, le savant allemand Holsténius, installé en Hollande, le savant Dormalius, le botaniste Clusius (de L' Ecluse), ou le numismate Gorloeus. Puis il se rendit à Anvers où il visita la bibliothèque de Moretus et fit la connaissance du bourgmestre de la ville, Nicholas Rockox, érudit et numismate de grande réputation. Puis il se rendit à Louvain, Bruxelles, Gand et Tournai où il rencontra le chanoine Winghe, botaniste collectionneur de plantes rares, qui lui donna l'idée de son futur jardin d'acclimatation :"... Vous m'avez fait envie de faire jardin...".
Puis il séjourna une semaine au château de Beaumont, chez le Duc d' Aerschot, Charles de Croy, passant le plus clair de son temps à examiner les collections d'antiques et de médailles. En tout et pour tout, il resta un trimestre aux Pays-bas, dont un mois dans l'actuelle Belgique, où il ne gaspilla aucune seconde.
Il ne négligea aucun érudit et se lia d'amitié avec Hugo Grotius, jeune avocat de La Haye, érudit, qui mena de front une carrière politique et littéraire. Pereisc admirait particulièrement sa poésie en latin. et jusqu'à sa mort, il lui conserva une grande amitié.  Il le défendit quand ce dernier eut maille à partir avec l'intransigeance des représentants de la doctrine calviniste, alors qu'il prônait un protestantisme plus libéral, ce qui lui valut d'être condamné à la prison à vie en 1618. Il ne trouva son salut qu'à une évasion risquée en 1621 (caché dans une caisse de livres !..la culture sauve de tout ! » Il parvint jusqu'à Paris où Peiresc le prit en charge pendant deux ans, et le recommanda au roi Louis XIII. Il essaya en vain de l'amener à se convertir au catholicisme, se consolant que son ami restât cependant "... éloigné de l' opiniâtreté huguenote...". Peiresc encouragea vivement Grotius à entreprendre ce qui fut l'oeuvre majeure du batave, à savoir :" De jure belli ac pacis", restant longtemps le modèle du traité de droit international.

La dernière lettre que Peiresc reçut de son ami date du 22 mai 1637, soit un mois avant sa mort. Cette lettre évoquait notamment la prochaine publication de l'oeuvre de René Descartes, le fameux "Discours de la méthode". Nul doute que notre génial provençal eût beaucoup à en dire.
Les artistes peintres du nord et notamment ceux issus de l'école flamande furent également au nombre de ses amis ( Finson le brugeois, Fredeau et De Vries les anversois, Van Dijck qui lui fit un portrait, et surtout son grand ami Pierre Paul Rubens.
Outre son immense talent d'artiste peintre, Rubens était un grand collectionneur d'antiquités, de pièces et de médailles, avait une grande connaissance de l' archéologie et de l' histoire.
Ce sont probablement ces qualités "secondaires" qui attirèrent Nicolas Claude qui goûtait peu à l'art pictural. En 1621 Peiresc écrivit à Rubens :" ...Vous êtes arrivé au degré suprême dans l'art si noble que vous professez, vous surpassez tout autre en ce siècle, et je ne dis pas des siècles passés, pour ne pas offenser votre modestie..."S'ils ne se rencontrèrent qu'assez peu, il n'en demeure pas moins que leur amitié ne faillit jamais, les lettres et les confidences qu'elles contiennent l'attestent. Afin d'honorer cette exceptionnelle amitié, Peiresc fit de Rubens son quatrième légataire testamentaire, lui cédant le portrait que Van Djick exécuta de lui. Rubens lui écrivit : "...J'aimerais voir la paix dans le monde ce qui nous permettrait de vivre dans un siècle d'or...", phrase que Peiresc aurait tout aussi bien pu écrire.
Nicolas Claude avait une très haute idée de l'amitié au point que Lebègue fit cette constatation pleine de vérité : " Quelque soit la science dont Peiresc s'est occupé, on le voit tisser des fils sur toute l' Europe civilisée".

Par HELENE MARTIN - Publié dans : LE GAI SAVOIR
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