
Arts K Danse, Michael Jackson et Pina Baush
La super star de la Pop, Michael Jackson, s’est éteinte à Los Angeles d’une overdose d’élixirs de jeunesse.
Pina Baush, la plus grande
figure de la danse contemporaine,
pour qui l’Etre est dans sa Corporalité, a refermé son « Café Muller » à 68 ans.
Deux personnalités qu’apparemment tout éloigne, rapprochées par le temps non programmé de leur mort, à quelques jours de distance.
Le temps : le premier, Michael Jackson, veut s’en extraire, la seconde, Philippina Baush, en fait sa nourriture. Tandis que l’enfant-roi, à force de bistouri, refuse de grandir, Pina Baush, grande prêtresse de la chorégraphie expressionniste, met en scène les corps tels qu’ils sont, souvent disgracieux, et aime à les voir vieillir. Aux critiques d’art qui se scandalisent lors de ses premières représentations : « Ses danseuses sont laides, sales, et ont du poil aux pattes », elle répond : « La beauté, c’est l’honnêteté. »
Cependant, le côté visionnaire et le succès mondial qu’elles ont connus rapprochent incontestablement ces deux personnalités troublantes.
Véritables bombes jetées sur la planète entière, que sont les mouvements désarticulés, les tics vocaux (hoquets, petits cris perchés dans les aigus), les clips novateurs, ou la musique sans frontière, sans sexe et sans couleur de Michael Jackson.
Véritables ondes de choc dans le champ de la création artistique, que sont le narratif non linéaire de l’écriture chorégraphique de Pina Baush, l’individualisation de la gestuelle, la virtuosité des solos, les adresses des danseurs au public (intrusion du théâtre dans la danse).
Tous deux cassent les normes, lui avec son narcissisme autodestructeur, elle en absorbant la vie de ses danseurs.
Qui n’a pas vu Dominique Mercy, le danseur fétiche (français) du Tanztheater se propulser sur scène à grands moulinets de bras (Pour les enfants d’hier,
d’aujourd’hui ou de demain) ou Helena Pikon, se projetant en arrière, répéter à l’infini « Elle est bien amère » (Vollmond), et tant d’autres oeuvres mythiques, n’a pas encore pénétré dans la furieuse beauté de la création contemporaine du XXème siècle.
En évoquant la grande dame, je ne peux
m’empêcher de penser à Céline Perrot, la directrice du « Jeune ballet d’Arts KDanse » qui nous a présenté
en clôture des Rencontres de Trébillane sa création 2009 : « Il y a un bruit qui court ».
Nul doute que Céline, ses chorégraphes et ses danseurs ont été influencés par la mère de la danse moderne : mouvements de bras secs et répétés, discrétion de la technicité, mouvement du
corps au service du sens, narratif fragmenté, personnages hors champ voyeurs et acteurs. Cette création, analyse sans concession du quotidien où se mêlent passion et violence, a été suivie
d’extraits de concours ou du gala présenté à Marseille (voir Cabricabrac n°34).
Le public, fille ou garçon, grimpé jusqu’au dernier gradin n’a pas caché une vraie jubilation devant ce spectacle d’une grande maîtrise.
Et pour prolonger cette soirée, un hommage improvisé a été rendu au
créateur de ce pas glissé, aérien, le célèbre « moonwalk », et aux non moins célèbres déhanchements syncopés du King of Pop.
Ce soir là,
Cabriès a permis la rencontre fugace de ces mondes.
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